Jazz et politique (conference@Gaume jazz 2011)

Suite aux demandes diverses d’auditeurs/spectateurs apres ma conf’ a Gaume jazz le 14 aout dernier

20h45, la scene du Theatre de Rossignol

, en voici le resume et la playlist a ecouter:

I Jazz synonyme de liberté

 

“Je ne croix pas a la politique. Tous les politiciens nous laissent tomber.” Gilad Atzmon

Intro : Jazz et politique? Une équation, une variable, un antagonisme eternel? Ou tout a la fois ? Attention : on parlerait aussi bien le politique et la politique. Evidemment ca serait un non-sens parler du jazz « politiquement correcte ».

Titre : Gilad Atzmon –  lili marlen

Citations à discuter :

Nat Hentoff: « Les libertés civiques et le jazz des son apparition, sont des synonymes. »

Ella raconte une histoire qui c’était passe dans sa loge ou ils y étaient aussi Dizzy et Illinois Jacket. La police était apparue pour les intimider, les a projeté par terre et a la fin, comme elle écrit « a eu la désobligeance de nous demander des autographes ».

Conclusions :

Voici un des miracles du jazz : sa cote intégratrice malgré une de ses premières caractéristiques, la discrimination aussi bien raciale que sexuelle. On retrouve dans le jazz des ses débuts a nos jours toutes les aspirations de liberté, qu’elle soit raciale, sociale, politique, culturelle ou artistique. Les artistes, heureusement ne préfèrent s’exprimer qu’à travers l’art, plutôt que par le discours.

Citations à discuter :

Ellington dans son autobiographie aux critiques de ne pas avoir été plus en vue pour le mouvement pour les droits civiques: “La meilleure voie d’être efficace est a travers la musique”. Devant Down beat en 58 Monk reconnait que sa “musique n’est pas un commentaire social de la discrimination, de la pauvreté… J’aurais écrit de la même façon même si je n’avais pas été un negre”.

Titre : Duke Ellington –  black brown beige Come Sunday (a cappella)

Thèse à discuter :

 

Née comme une musique noire par excellence, le jazz n’est pas toujours synonyme de musique de conscience de classe comme le craignent certains dans son pays d’origine ou comme l’espèrent d’autres à la victoire d’une ou d’autre révolution et ceci des sa première décennie.

Si on retourne dans le pays d’origine du jazz, même aujourd’hui des forums respectes comme All about jazz ont tendance а diviser le jazz en progressiste se référant par exemple a Art Ensemble of Chicago et en conservateur, voire réactionnaire, ayant en vue le critique de jazz Stanley Crouch et ses protégés, notamment Winton Marsalis.

Titre : Art ensemble of Chicago Brigitte Fontaine noir c’est mieux choisi

Citations à discuter :

Le livre « Cultural politics of Jazz in Britain » de George McKey : a la fin des années 50 la ligue des jeunes communistes reste fidele au jazz de la New Orleans tandis que les trotskistes et les jeunes socialistes affichent leur affinité aux, je cite « les formes plus cérébrales du jazz contemporain ».

Billy Strayhorn devant Downbeat en 1956 : « Les Européens considèrent les jazzmen comme des artistes alors qu’ici, trop souvent, on les prend pour des égocentriques, des drogués, ou pire. Ce n’est pas une vérité universelle, bien sûr, mais ça existe. C’est peut-être parce que nous avons cette musique sous le nez. Vous savez… la forêt qui cache l’arbre”

Titre : Pat Metheny&Charle Haden is this america

 

Quelques études contradictoires pour ceux qui voudraient s’approfondir en matière :

 

Le premier critique de jazz noir qu’on citera un peu plus loin, (LeRoy Jones, Le peuple du blues) considère que le critique blanc a apprécié la musique de jazz « sans comprendre, ni même se soucier, des attitudes dont elle procédait , sauf peut-être d’un point de vue sociologique » (p. 17), et il condamne « l’analyse musicologique stricte du jazz, aussi limitée qu’une approche strictement sociologique » (p. 18). L’important, c’est « la philosophie de la musique noire ». Et encore la : « Dans sa singularité idéal-typique, le jazz reflète un processus de réappropriation et de réinvention des valeurs structurantes du libéralisme politique propres au monde occidental, par la partie américaine du peuple noir. »

Un ex-rédacteur au Jazzhot, David Smadja, qui est aussi doctorant en science-po oppose la vision de LeRoy Jones a celle du Theodor W.  Adorno, qui écrit au sujet de la perception européenne du jazz ce qui suit: tout ce que le jazz « a de rebelle fut dès l’origine intégré а un schéma rigoureux et que le geste de rébellion allait et va encore de pair avec une tendance а obéir aveuglément».

De la sorte, selon Adorno, le jazz, reflète en son sein un mécanisme d’ensemble pathologique récurrent, а travers lequel la remise en question – et donc la critique des valeurs établies – n’est qu’une pose, une attitude extérieure et finalement, un prétexte et un ressort qui confirment dans ses prétentions le processus de standardisation et de commercialisation а l’œuvre dans l’ensemble des sociétés modernes а travers l’industrialisation de la culture. (On y revient vers la fin de la conférence). Plus loin, Adorno ajoute : « Parallèlement а la standardisation, (le jazz) opère une pseudo-individualisation ».

Pour que l’imbroglio soit total, ajoutons l’idée de Alain Gerber dans “Le cas Coltrane” – “Le jazz est germe de révolution”. La querelle des critiques de jazz pour le free a capsulé les deux camps – ne voyant que “l’esthétique” ou “le politique”.

Conclusion possible :

 

Marcuse (La dimension esthétique, 1977) : « Le potentiel politique de l’art réside seulement dans sa propre dimension esthétique.

 

II Jazz et politique – la démarche individuelle

 

Les quelques petites perles qui font pâlir pas mal de figures :

Billie Holliday et son Strange Fruit (1939) qui sème la panique parmi ses éditeurs (la chanson n’est pas éditée chez Columbia, mais chez le petit label), tourneurs et même musiciens – il suffit de se rappeler sa persécution en Mobile, Alabama après avoir clôturé son concert par elle. « Cette chanson permettait de faire le tri entre les gens bien et les crétins » écrit l’artiste dans son autobiographie « Lady Sings the Blues ». Que dire alors de la revue Time, la qualifiant en 1939 comme chanson de propagande et 60 ans plus tard la proclamant morceau du siècle ? Ou des radios aux USA, en Afrique du Sud au temps de l’apartheid et même de la BBC ou elle était bannie pour une certaine période ?

Titre : Billie Holliday – 05 strange fruit

Traduction d’une partie du texte :

Les arbres du Sud portent un étrange fruit,

Du sang sur les feuilles et du sang aux racines,

Un corps noir qui se balance dans la brise du Sud,

Étrange fruit suspendu aux peupliers.

Quelques années plus tard, un révolutionnaire dans tous les sens comme Charlie „Bird“ Parker enregistre son titre Now’s the Time (du changement politique et de nos droits civiques), titre repris pour donner son nom a l’album éponyme de Sonny Rollins au milieu des années 60 ou le contexte politique n’est pas moins évocateur. Si un jazzman reste fidèle а cette démarche inquiète, ce serait sans doute Sonny Rollins. Suffit à mentionner sa réponse aux attaques du 11 septembre : Le 9/11 concert (Without a Song), joué et enregistrée deux semaines après l’horreur vécu en direct a travers la fenêtre de la maison de Rollins. Ou bien retourner en 1998, l’année de la parution de son album Global Warming – écoutons un extrait du joyeux titre, joué aussi au même 9/11 concert. Des les premiers sons du calimba on se demanderait bien si le changement climatique pourraient être si mal que cela s’il donne place à une musique si belle.

Titre : Sonny Rollins – Global Warming (opinion du public)

Citations à discuter :

Gilad Atzmon : « On ne vient pas nous écouter parce que nous sommes animes par le pouvoir. C’est pour partager notre recherche de la beauté. Pourtant, on ne peut pas dire du premier ministre Cameron que sa force motrice c’est aussi la recherche de la beauté. »

Rollins pour sa Freedom suite (1958), premier titre instrumental avec impact social : « Beaucoup de gens ont pensé que j’allais assumer un rôle de leader dans le mouvement nationaliste noir. Je suis toujours concerné par la politique, mais comme citoyen, pas comme musicien ».

L’année suivante suit Fable of Faubus par Charles Mingus, un autre incontournable de la race des intransigeants. Le fait concret est archiconnu – le gouverneur de l’Arkansas prend part dans la défense d’un cas de ségrégation dans une école locale malgré son abolition. La tension devient si importante, que Louis Armstrong se voit oblige de reconsidérer sa place désigné de “jazz ambassadeur” des USA. Soit il annule sa tournée dans les pays du Tiers-Monde, soit le président Eisenhower envoie la garde nationale pour rétablir l’ordre. Mais cela va être un chapitre a part – la démarche institutionnelle. La suite dans la lutte pour les droits civiques est assurée par Max Roach et un de ces sommets – Freedom Now Suite – We Insist ! (1960) avec Abbey Lincoln dans une prise envoutante de Freedom Day.

 

Titre : Max Roach& Abbey Lincoln – Freedom Day

Derniers exemples  à discuter :

Quand on dresse une liste de musiciens dont l’œuvre est empreint de ce qu’on appelle communément « conscience sociale/raciale/politique », on la verra bien moins importante que la liste des autres, appelons-les neutres, car à ma connaissance il n’y a jamais eu de jazzmen réactionnaires. Le parti pris de gens comme Pat Metheny et Charlie Haden arrêtant leur concert а Jazz sous les pommiers pour se distancier de la politique officielle de leur gouvernement et de l’invasion militaire en Afghanistan est un de ces gestes. Un peu plus tard Haden avec son Liberation Orquestra présente un album entier dans ce sens : « Not in our name ». Un geste pareil est le refus catégorique de Bobby McFerrin de céder « Don’t worry be happy » à la campagne présidentielle du Bush-père.

L’exil de Nina Simone en Europe après l’assassinat du Dr Luther King un autre. Citons quelques uns de ses titres avec contenu « engage » : “Mississippi Goddam” à la mémoire de quatre fillettes noires victimes d’un attentat a la bombe, “Why? The King of Love is Dead” pour l’assassinat du Dr Luther King ou “To Be Young, Gifted and Black”, devenu un des hymnes des noirs, comparable a “la Marseillaise noire” de Billie qu’on vient d’évoquer. Harry Belafonte a été traite de communiste pour soutenir l’égalité raciale. De leur cote, Modern jazz quartet et une multitudes de musiciens se sont fait le plaisir de répondre avec Watergate blues à une des humiliations officielles de leur pays d’origine.

Titre : Modern jazz quartet : Watergate blues

Peu nombreux restent les exemples pareils en Europe. Dans les Balkans il n’y a presque pas eu de jazzmen qui ont réagi aux guerres de Milochevic, une exception – le macédonien Vlatko Stefanovski :

 

Titre : Vlatko Stefanovski – Survival Bosnia (opinion du public)

Fermons le volet « jazz et politique – créations individuelles » avec un détour humoristique – l’ainsi dite « samba démocratique »

Titre : Joao Gilberto « Pourquoi discuter avec madame »

Texte :

Madame diz que a raça no melhora
Que a vida piora por causa do samba,
Madame diz o que samba tem pecado
Que o samba é coitado e devia acabar,
Madame diz que o samba tem cachaça, mistura de raça mistura de cor,
Madame diz que o samba democrata, é música barata sem nenhum valor,
Vamos acabar com o samba, madame no gosta que ninguém sambe

Joao Gilberto Pra que discutir com madame

III Jazz et politique, la démarche institutionnelle

 

La place du jazz des deux cotes du rideau du fer est si importante qu’on est prêt à fermer les yeux pour faire envoyer le flambeau de la liberté vers l’Est à travers des musiciens de jazz, acceptes dans ce même Est européen comme “victimes et opprimes” de l’Ouest. Schizophrénie des deux régimes ou surenchère comme dans tout autre domaine telles les conquêtes spatiale ou les Jeux olympiques? Des deux cotes on applaudit plus ou moins officiellement ceux qui sont inquiétants pour le régime oppose. Et non-officiellement on continue à persécuter les siens. Si aux USA au moins on respecte l’apparence et des spectacles comme “The Real Ambassadors” de Dave Brubeck et Louis Armstrong voient le jour, une grande partie des musiciens nés a l’Est doivent littéralement se sauver pour pouvoir s’exprimer.

Titre : “The Real Ambassadors” – Cultural Exchange

Citations à discuter :

Ce n’est pas une ou autre œuvre jazzistique qui est jugée dangereuse, c’est le jazz tel quel. Penny von Eschen – “Satchmo blows up the world”: “Leur rôle est d’être toujours a cote des changements et des innovations. Ou qu’ils aillent, ils ouvrent des chemins nouveaux pour appuyer la lutte pour liberté et égalité. Quoique un combo de jazz ne peut pas servir d’exemple pour un gouvernement, il symbolise les qualités vibrantes de la démocratie.”  Echange avec le public sur le programme « présidentiel » de Dizzy et les « nominations » de Miles (Directeur du CIA), Louis (ministre de l’Agriculture), etc.

Titre : Dizzy live with John Hendricks “Vote Dizzy” (Salt Peanuts + Nobody knows the trouble i see/Freedom Now)

Citations à discuter :

Willis Conover, qui a su convaincre le Département d’Etat dans l’utilité de parler uniquement jazz sans propagande. “Le jazz, c’est le reflet musical des choses qui passent aux USA. Les gens en étranger ressentent la liberté qui en émane. Ils aiment la liberté comme ils aiment le jazz.” Pas mal de musiciens des pays de l’Est considèrent que l’impact des programmes de Conover était de loin plus important pour le crash du communisme que tous les autres efforts des gouvernements américains en trente ans.

Titre : Charlie Parker – Willis

Conclusion possible

 

La réticence officielle de reconnaitre les rôles respectifs des « ambassadeurs culturels » – soit en refusant décorer avec quelque distinction que soit un géant comme Duke, soit dénigrant le travail du mentionné Conover jusque et après son décès au début des années 90, pourrait être interprété comme preuve du caractère conjoncturel de l’approche institutionnelle a l’instar de la bonne volonté des créateurs jazz.

Titre : Duke a la Maison Blanche – Things Ain’t What They Used to Be

IV Jazz et politique économique

 

Thèse à discuter :

Alors, quand on se voit en face d’un ennemi changeant comme le jazz, quoi de plus naturel que la tendance de le reconnaitre, voire redorer son blason dans l’unique perspective de le stériliser, aseptiser et transformer en ce qu’il a toujours refuse a devenir: une simple marchandise.

Citations à discuter :

« Noise. The political economy of music » (p.139) – Jacques Attali déclare la défaite du free-jazz dans son intention de s’émanciper du règne des grandes maisons d’édition, car, je cite: « le free jazz est tombe dans la difficulté de se promouvoir en dehors de ses propres structures dans un monde ou la répétition monopolise toutes les structures. »

Un autre penseur, cette fois-ci de l’autre cote de l’Océan puise ses arguments sur le jazz dans une affirmation contraire. Il s’agit du déjà mentionne Théodore W.  Adorno, qui a la page 124 de son livre « Prismes » dit littéralement « l’immortalité paradoxale du jazz a ses racines dans l’économie », en soulignant 4 pages plus loin qu’en Europe « l’élément d’excès, de subordination pourrait être encore perçue à différence des USA ou il est totalement disparu ».

Conclusion possible

Le pari de la transformation du jazz en marchandise serait-il réussi, même avec le succès apparent des vedettes soft, préfabriquées, prévisibles ? D’autre part, partout dans le monde ou il y a un enseignement universitaire en jazz, le nombre d’étudiants est beaucoup plus important que les endroits ou ils peuvent exercer leur métier. S’agit-il d’une augmentation mécanique du public bien compréhensif et exigeant, ou plutôt d’un état d’esprit décidément plus ouvert que celui d’un chef d’Etat, même s’il a Coltrane sur son i-pod.

Deux histoires drôles en guise de clôture:

 

Ce n’est pas a lui que le titre de votre compatriote Eric Legnini “Black President” est dédié comme certains journalistes nord-américains l’ont écrit. A vous de deviner le nom du président.

Titre : Eric Legnini “Black President”

A croire un quotidien espagnol – El Mundo – la rentrée sur Blue Note serait agrémenté par « Izquierda Unida jazz quartet » – d’après son fondateur, un des membres de la direction de la gauche réunie en Espagne « Notre parti est devenu si insignifiant que la forme de quatuor de jazz lui va mieux que toute action politique. Notre premier disque n’est compose que par des standards, mais un duo piano-guitare vous fera frémir sans doute ». Tout serait possible, sauf que la référence du disque dans le catalogue Blue Note est assignée il y a plus de 13 ans au projet « Ethiopian Knigts » de Donald Bird. Tant mieux pour le vrai jazz.

©Ludmil Fotev 2011

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